Quand on me rencontre pour la 1e fois, (enfin pas sur une plage quoi) je parais tout ce qu'il y a de plus normal. Mais lorsqu'on regarde d'un peu plus près...oui j'ai une énorme cicatrice très
moche dans le dos, de la nuque jusqu'à la chute des reins, on dirait un zip géant. Oui je suis aussi pas trop symétrique, avec des côtes plus hautes d'un còté que de l'autre. Et oui quand on
regarde bien, j'ai une bosse sur la partie droite du dos. Alors voici ce qui m'est arrivé et qui a changé ma vie entre mes 11 et mes 15 ans. Une partie de ma petite vie que j'ai tenté
d'effacer aux yeux des personnes qui m'entourent et à mes propres yeux mais finalement c'est moi aussi ça, ça fait partie de moi...
Peu après mes 11 ans, le medecin de famille m'a appris que j'avais une scoliose, apres un accident de luge (et oui...deja à cette epoque!). Keskecé ça une scoliose? que je me suis dit.
Et bien cher lecteur il s'agit d'une maladie qui déforme les os de la colonne vertebrale ainsi que les os qui s'appuient sur la colonne, style côtes, bassin..etc. Sauf que quand ça m'est tombé
dessus à 11 ans, j'ai pas trop compris tout de suite.
Ensuite sont venus 3 ans d'enfermement 23h/24h dans un corset orthopédique, avec seulement le droit de l'enlever 1 heure par jour pour les séances chez la kiné et la toilette.
Trois ans d'enfermement physique et d'enfermement dans ma tête.
Sont venus l'impossibilité de faire du sport, les incompréhensions, les questions, les regards moqueurs et blessant des autres, à 12 ans, on a l'âge ingrat...
Et est aussi venue l'impossibilité de trouver des fringues qui m'allaient par dessus le corset.
Et la non-existence des rapports avec le genre masculin alors que les copines commencent à "sortir" avec eux (je me suis bien rattrapée par la suite :)
Et aussi sont venus les allers et retours à l'hôpital pour contrôler l'evolution de la scoliose, faire refaire mes corsets avec une déception inconsolable à chaque fois que
j'entendais que, malheureusement, de mois en mois les choses n'allaient pas en s'améliorant.
Au contraire, au fur et à mesure que je grandissais, elles se dégradaient.
J'ai fini par haïr ces rdv à l'hôpital.
Puis un jour, au bout de 3 ans, le medecin m'annonce que ma santé est en danger, que j'ai perdu pas mal de capacité respiratoire et qu'on ne peut pas continuer comme ça, qu'il faut opérer.
Opérer, ça veut dire tenter de me redresser la colonne en me greffant deux tiges de métal tout le long, à côté de la moelle épinière afin de stabiliser les vertèbres et en
souder quelques-unes entre elles. Des chances de rester paralysée aussi si jamais cela ne se passait pas comme prévu. Mais j'avais pas trop le choix finalement...
Sept heures au bloc et plein de nouveaux vis et plaques dans le dos, quinze jours d'hôpital et deux mois de convalescence dont un passé couchée dans mon lit.
Et les effets post-operatoires. Les douleurs, les vertiges, les nausées (attention c'est gore: tous mes organes ont été un peu déplacés, du coeur aux instestins!), réapprendre à marcher...et 4
centimètres pris en une journée!
Et enfin un nouveau dos tout neuf et une nouvelle vie!
Certes, je ne peux pas faire tout ce que je faisais avant, il y aura toujours des choses interdites, des douleurs parfois et des limites que je ne pourrai pas dépasser mais je revis.
Tout ceci, mon histoire, je l'ai complètement ignorée ces dix dernières années. Mais je crois que j'ai VOULU l'ignorer. Prendre le large, larguer les amarres, vivre libre, vivre une
vie normale et finalement mon départ à Barcelone n'est plus tellement un hasard. Envie de "récupérer" mes trois années perdues....
Lorsqu'une opération chirurgicale vous donne une nouvelle vie, "ma deuxième naissance" comme j'aime le dire, de quel droit est ce qu'on peut critiquer un tel miracle? Comment est ce que je pourrais
m'autoriser à penser du mal de cette opération. Et puis il y a quelques jours je suis tombée sur ce site internet
www.scoliose.org/, "scoliose et partage" et
ça m'a fait comme un choc. Là j'ai vu des témoignages de gens qui ont vécu la même chose que moi et j'ai vu que j'avais le droit d'avoir mal vécu l'intervention chirurgicale. Quelque part, ces
témoignages me soulagent. Oui j'en avais le droit. Le droit de penser que cette renaissance signifiait aussi l'échec des trois années précédentes. L'échec des efforts, des privations, des
frustrations et des coups encaissés.
C'est sûr, cette partie de ma vie m'a rendue plus forte. A force, on se contruit une carapace, on apprend plus vite à se protéger. Je suis "guérie" maintenant, j'ai plus le droit de me plaindre.
J'ai une énoooooorme chance de ne pas avoir eu trop de complications et d'avoir gardé une certaine mobilité.
Mais un goût amer reste dans la bouche.
Alors pour faire passer ce goùt pas trop agréable, je me suis dit pendant mon voyage au chili qu'il fallait peut être aller à la pêche aux souvenirs. Faire remonter ce dossier pas classé et essayer
de le ranger, de lui trouver une place tant bien que mal. Et je crois que tout ce que je viens d'écrire fait partie du processus de rangement...Le ménage de la vie prend du temps.